Bouillie bordelaise : le tableau de dosage qui évite les brûlures et le surdosage

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Entre 4 et 25 grammes par litre d’eau : voilà l’écart de dosage qu’on trouve d’une source à l’autre pour la bouillie bordelaise. Cette fourchette absurde explique pourquoi tant de jardiniers brûlent leur feuillage ou saturent leur sol en cuivre. Le bon dosage ne dépend pas d’une recette unique mais de la plante, de la maladie visée et du moment de l’année. Voici les chiffres fiables, plante par plante, et les seuils à ne jamais dépasser.

Le tableau de dosage par culture

Le dosage de la bouillie bordelaise se calcule en grammes de produit commercial (poudre mouillable titrant environ 20 % de cuivre métal) par litre d’eau. Ce tableau couvre les usages les plus courants au potager et au verger.

CultureMaladie cibléeDose (produit à 20 % de cuivre)Période
TomateMildiou10 g/LDès 15-20 cm, tous les 12-15 jours
Pomme de terreMildiou20 g/LÀ partir du buttage, tous les 10-15 jours
VigneMildiou, black-rot15 à 20 g/LDe 5-10 cm de pousse jusqu’à la véraison
Pommier, poirierTavelure15 g/LDébourrement, chute des pétales, automne
PêcherCloque20 g/L sur bois nuChute des feuilles, puis gonflement des bourgeons
RosierTaches noires, rouille10 g/LMensuel d’avril à septembre
CucurbitacéesBactériose10 g/L maximum2-3 passages max par saison
MelonBactériose4 g/LHebdomadaire en conditions humides

Ces valeurs restent des repères. La concentration en cuivre métal varie selon les marques (de 15 à 20 %), et l’étiquette du fabricant prime toujours. Un produit plus concentré impose de réduire la quantité pesée. Pour ajuster, repérez le pourcentage de cuivre indiqué sur le sachet et baissez la dose proportionnellement quand il dépasse 20 %.

Pourquoi le pêcher et les courgettes ne supportent pas la dose standard

Cucurbitacées présentant des taches jaunes dues à une exposition excessive au cuivre

Toutes les plantes ne tolèrent pas le cuivre de la même façon. Les cucurbitacées (courgette, concombre, melon, courge) développent des taches jaunes ou des brûlures foliaires dès qu’on dépasse 10 g/L. Sur ces espèces, divisez la dose par deux et testez sur une seule feuille avant de pulvériser tout le pied. Le purin de prêle ou une macération d’ail à 5 % constituent des alternatives plus sûres pour ces cultures fragiles.

Les fruitiers à noyaux posent le problème inverse selon le moment. Sur pêcher et abricotier, la bouillie bordelaise se traite uniquement hors feuillage, à la chute des feuilles en automne puis au gonflement des bourgeons en fin d’hiver. Appliquée sur des feuilles ouvertes ou pendant la floraison, elle provoque un empoisonnement brutal : un mirabellier traité fleurs comprises perd l’intégralité de son feuillage en quinze jours, sans repousse avant l’été. Le même dosage appliqué sans distinction sur un pêcher et un cerisier brûle le premier et épargne le second.

Les jeunes plants au feuillage tendre réclament aussi de la prudence. Réduisez la dose habituelle de 30 % sur toute pousse récente, quelle que soit l’espèce, pour éviter la phytotoxicité.

Les erreurs de dosage qui ruinent un traitement

L’erreur la plus répandue consiste à augmenter la dose en pensant gagner en efficacité. C’est faux. Des essais ont montré qu’une demi-dose protège aussi bien qu’une dose pleine. Surdoser ne renforce rien, mais multiplie les risques de brûlure et l’accumulation de cuivre. Sur ce point, mettre trop reste systématiquement pire que pas assez.

Le signal d’alerte est visuel et immédiat. Si des gouttes bleues perlent au bout des feuilles après pulvérisation, vous êtes en surdosage et le sol commence à se charger. Apparaissent ensuite des feuilles jaunies, des brûlures en bordure du limbe et un ralentissement de croissance. Un feuillage qui « bleuit » durablement trahit un excès installé.

Le matériel de mesure trahit souvent le jardinier. La densité de la poudre change selon la marque et l’humidité, ce qui rend la cuillère doseuse peu fiable. Une balance de cuisine précise au gramme reste le seul outil sérieux. À défaut, retenez qu’une cuillère à café bombée pèse environ 5 grammes de poudre classique.

Deux pièges de matériel et de timing reviennent constamment. Le récipient métallique réagit avec le cuivre et vire au vert sombre, rendant la préparation inutilisable : utilisez exclusivement un seau plastique. Et traiter en plein soleil ou au-delà de 28 °C brûle les jeunes pousses, alors qu’une pulvérisation tôt le matin entre 10 et 25 °C passe sans dommage.

Préparer et appliquer sans gâcher le produit

L’ordre du mélange conditionne le résultat. Versez d’abord la poudre dans un fond d’eau tiède, jamais l’inverse, pour obtenir une pâte sans grumeaux, puis complétez avec le reste de l’eau en remuant. Des grumeaux bleus non dissous boucheront la buse du pulvérisateur et vous feront perdre du temps à tout démonter.

Un agent mouillant change la donne. Une cuillère à café de savon noir liquide par litre améliore l’adhérence sur les feuilles et résiste mieux à une pluie légère. Avantage chiffré : cet ajout permet de diviser la dose de bouillie par deux à efficacité égale.

L’application doit couvrir le dessus et le dessous des feuilles, là où les spores se fixent en premier, à 20-30 cm de la plante, sans ruissellement. La protection dure environ 3 semaines sans pluie. Au-delà de 20 mm de précipitations, 30 à 40 % du cuivre est lessivé et un nouveau passage devient nécessaire. Inutile pour autant de retraiter après chaque averse : respectez un intervalle minimal de 10 à 15 jours et ne dépassez pas 4 passages annuels par culture. Enfin, la bouillie agit en préventif seulement. Une fois la maladie installée, elle limite la propagation mais ne répare aucune feuille déjà touchée.

La limite légale de cuivre que tout le monde oublie

Vue aérienne d'un jardin luxuriant montrant des plantes saines et celles atteintes de toxicité au cuivre

Le cuivre ne se dégrade jamais. Plus de 80 % de la quantité appliquée reste stockée dans la couche superficielle du sol, où il finit par tuer les vers de terre et les micro-organismes. Un sol surdosé met deux saisons à retrouver sa microfaune.

La réglementation européenne (règlement UE 2018/1981) plafonne l’usage à 4 kg de cuivre métal par hectare et par an , en moyenne lissée sur 7 ans. À l’échelle d’un potager, cela revient à environ 4 g de cuivre pur pour 10 m² par an, soit près de 30 g de bouillie commerciale à 20 %. Ce seuil s’atteint plus vite qu’on ne le croit : à raison d’un traitement tous les quinze jours sur une saison, le compte est bouclé. La contrainte se durcit d’ailleurs : en 2025, l’Anses a refusé de renouveler 32 produits cupriques, n’en laissant que 17 autorisés sur vigne, et le cuivre figure désormais parmi les substances candidates à la substitution.

Pour étaler la charge, alternez avec des leviers sans cuivre. Le bicarbonate de soude à 8 g/L additionné de savon noir tient le mildiou et l’oïdium à distance, et certains jardiniers s’en servent seul depuis plusieurs saisons sans réapparition de maladie. Le purin d’ortie stimule les défenses des plantes, la rotation des cultures et l’espacement des plants réduisent mécaniquement la pression fongique.

Questions fréquentes

Que faire après un surdosage involontaire ? Arrosez abondamment les végétaux traités pour diluer le dépôt de cuivre au sol. Surveillez le feuillage les jours suivants. En cas de brûlures avérées, retirez les parties atteintes et attendez avant tout nouveau traitement, sans réappliquer de cuivre dans l’intervalle.

Combien de temps reste-t-elle efficace après application ? Environ 3 semaines sur un feuillage sec. Une pluie supérieure à 10-20 mm lessive une bonne part du dépôt et impose un nouveau passage. Un traitement appliqué juste avant une averse annoncée dans les 24 heures est de l’argent perdu.

Peut-on la mélanger avec d’autres produits ? Avec un agent mouillant comme le savon noir, oui, en divisant alors la dose de bouillie par deux. Le soufre se combine bien pour cibler l’oïdium en plus du mildiou. Évitez tout mélange avec un autre produit phytosanitaire sans vérifier au préalable sa compatibilité.

L’essentiel à retenir avant de pulvériser

Pesez, ne devinez pas. La frontière entre une dose qui protège et une dose qui brûle se joue à quelques grammes, et le cuivre que vous déposez aujourd’hui sera encore dans votre terre dans dix ans. Notez chaque passage sur un carnet pour suivre la charge annuelle, visez toujours la dose minimale efficace plutôt que la dose maximale tolérée, et gardez le réflexe de l’alternance avec les traitements sans cuivre. Un potager protégé n’est pas un potager arrosé de bleu, c’est un potager dosé au gramme près.

Marc
Marchttps://www.arch-environnement.fr
Je m'intéresse à tout ce qui compose un intérieur, du canapé qui dure aux petits meubles qu'on choisit trop vite. J'aime comparer, tester et repérer les détails qui font qu'un achat se révèle malin plutôt que regretté.

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